Anglophone, francophone… Simplement camerounais

Anglophone, francophone… Simplement camerounais

Né à Buea en 1998, Thierry A. est un jeune camerounais qui éprouve de nombreuses difficultés à s’exprimer en français, une des 02 langues officielles de la République du Cameroun. Normal, puisque Thierry n’est parti de sa ville de naissance où il a effectué, en langue anglaise, tout son cursus scolaire et académique, de la crèche à l’université dans laquelle il a obtenu sa Licence en Sciences sociales, que pour intégrer l’Ecole Normale Supérieure de Yaoundé dont il a réussi avec brio le concours d’entrée. Une situation que vit également Junior E. qui, né à Bamenda en 2000, n’a rejoint Douala que pour la Faculté de médecine de l’université de la ville éponyme, après avoir achevé, en langue anglaise aussi, son cursus scolaire et académique, sanctionné par une Licence en Human Biology. Malheureusement pour ces 02 jeunes camerounais comme pour tant d’autres, bien qu’étant anglophones, leur langue officielle d’expression étant l’anglais et après avoir opté pour le système anglophone, ils ne sont pas considérés comme tels, par leurs concitoyens des 02 régions d’expression anglaise.

Au Cameroun et partout ailleurs dans le monde, ils sont alors certainement nombreux, depuis les évènements de ces 05 dernières années et même des considérations dont ils sont témoins au quotidien, à se demander qui est anglophone et qui ne l’est pas ? Qui est francophone et qui ne l’est pas ? Quels sont les critères pris en compte et qui font d’un camerounais, un anglophone ou un francophone. Et si l’appartenance à l’Afrique en miniature se définissait par la langue parlée, une autre interrogation s’imposerait d’elle-même : qui est camerounais et qui ne l’est pas ?

Aujourd’hui, ces questions méritent un temps d’arrêt, dans un contexte général dans lequel la tendance est de plus en plus d’opposer le camerounais au camerounais, selon la langue parlée. Le francophone est ainsi opposé à l’anglophone et l’anglophone opposé au francophone. Loin d’être un facteur d’intégration ou d’unité nationales, la langue, l’anglais ou le français, semble désormais être un facteur de dissension, de division. Pourtant, la Constitution de la République du Cameroun promulguée en 1996, au terme de son article 1er en son alinéa 3 dispose que : « La République du Cameroun adopte l’anglais et le français comme langues officielles d’égale valeur ». Conséquence logique, le citoyen camerounais, tant dans ses rapports avec les services publics que dans les rapports qu’il entretient avec ses concitoyens, et quel que soit le lieu dans lequel il se trouve sur le territoire national, peut s’exprimer dans l’une ou dans l’autre des 02 langues, sans tomber dans l’illégalité, sans verser dans l’illégitimité.

Le paradoxe de l’anglophonie au Cameroun

Étymologiquement, l’anglophonie renvoie à tout ce qui se rapporte à la langue et à la culture anglaises. Seulement, au Cameroun, n’est désormais anglophone qu’une personne dont les parents sont originaires de la région du Nord-Ouest et/ou de la région du Sud-Ouest, quelle que soit sa culture et quelle que soit la langue dans laquelle elle s’exprime le mieux. L’anglophonie apparaît donc ici comme étant l’appartenance à une aire géographique ou même, pourquoi pas, l’appartenance à ce qui semble être considéré ici comme étant une tribu.

Or, au fil du temps, ils sont effectivement de plus en plus nombreux, les citoyens camerounais de souche sociologique anglophone, qui sont de culture francophone et des citoyens camerounais de souche sociologique francophone, qui sont de culture anglophone. Rares sont d’ailleurs au Cameroun, les foyers anglophones dans lesquels les parents sont réticents à faire suivre les études à leurs enfants dans le système scolaire francophone. Encore plus rares, sont les foyers francophones au sein desquels des enfants ne sont pas systématiquement inscrits dans le système scolaire anglophone. Et le nombre grandissant des écoles francophones créées dans les régions du Sud-Ouest et du Nord-Ouest ou des écoles anglophones créées dans les 08 autres régions du pays, peut démontrer, s’il en était besoin, qu’au Cameroun, d’ici quelques années, il n’y aura plus ni anglophone, ni francophone. Il n’y aura simplement que des Camerounais. Des Camerounais fiers d’appartenir à une seule et même nation : le Cameroun. Pour preuve, aujourd’hui, une grande partie des camerounais de souche sociologique anglophone maîtrisent à la fois la langue et la culture françaises et une grande partie de camerounais de souche sociologique francophone maîtrisent à la fois la langue et la culture anglaises.

Une chose est certaine : le citoyen camerounais de ce XXIème, qu’il soit anglophone ou qu’il soit francophone, est au moins bilingue, si l’on ne considère que les 02 langues officielles en vigueur dans le pays. Tout dépend de la langue première qu’il utilise. Mais alors, que dire de ces camerounais anglophones qui, pour diverses raisons, sont nés, ont grandi, ont fait leurs études, vivent, travaillent et ont leurs « villages» du moins ce qu’ils considèrent comme tels, dans l’une des 08 régions dites francophones ? Que dire aussi de ces camerounais francophones qui sont nés, ont grandi, ont fait leurs études, vivent, travaillent et ont leurs « villages » du moins ce qu’ils considèrent comme tels, dans les 02 régions dites anglophones ? Sont-ils anglophones ou francophones ? Dans tous les cas, le constat est clair : la société camerounaise d’aujourd’hui tend tout simplement vers l’hybridation. Une hybridation qui justifierait certainement la promotion du bilinguisme par le Gouvernement, sur toute l’étendue du territoire national.

De la promotion du bilinguisme

La création par Décret n°2017/013 du 27 janvier 2017 du Président de la République d’une Commission expressément chargée, entre autres, d’accélérer la promotion du bilinguisme, ainsi que la nomination par Décret n°2017/097 du 15 mars 2017 du Président de la République des membres de cette Commission, sont des actes forts qui viennent confirmer cette volonté du Chef de l’Etat, de préserver la cohésion et l’unité de la nation camerounaise, et surtout de renforcer non seulement le caractère bilingue du Cameroun, mais surtout l’intégration nationale et le vivre ensemble. Au-delà de la Commission Nationale de Promotion du Bilinguisme et du Multiculturalisme, le Chef de l’Etat pour qui la question du bilinguisme au Cameroun est une question très sérieuse placée parmi les priorités de son programme d’action, a pris d’autres mesures pour que le bilinguisme soit une réalité effective dans le quotidien des camerounais, particulièrement dans les services publics. Il en est ainsi de la Circulaire n°001/CAB/ PM du 16 août 1991 relative à la pratique du bilinguisme dans l’Administration publique et de la multiplication des Centres linguistiques pilotes à travers le triangle national.

Au demeurant, si les langues officielles sont un vecteur qui permet aux populations de communiquer à travers le monde, si l’anglais et le français permettent au Cameroun de faire partie des grands rassemblements régionaux ou internationaux ayant en partage l’usage de ces langues héritées de l’administration anglaise et française, si l’anglais et le français sont 02 langues officielles d’égale valeur au Cameroun comme le prévoit la Constitution, alors, anglophone, francophone ou bilingue, camerounais du Nord-Ouest, du Sud-Ouest ou des autres régions du pays, devraient parler une seule et même langue : le Camerounais.

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